The Four Seasons ... On se calme au fond de la classe! Je sais qu'instantanément vous pensez au pseudo-faux crooner Frankie Valli... Mais ce morceau Wall Street Village Day (d'une beauté et d'une classe irréelles) sorti en 1969, sur The Genuine Imitation Life Gazette, ne ressemble aucunement à du Frankie Valli. C'est l'album le plus suprenant des Four Seasons, s'invitant dans une direction inconnue, impromptue, inattendue, comme si le groupe, indirectement influencé par les "nouveaux" groupes et sonorités du moment, se permettait une liberté jusque là reniée. L'accueil fut pauvre, tout le monde s'attendait à un album chartant dans les tops. Toutefois, malgré le peu de reconnaissance commerciale, l'album devint quasi-culte, defendant le groupe comme leur période la plus ambitieuse. Mais surtout après que Lennon ait déclaré que c'était un de ses albums favoris...
Une bien belle cover... n'est-il pas? Herzlichen danke Liebe!
Hier soir, vernissage au sein du magasin Andreas Murkudis (seul endroit de la ville ou on déniche du Natalia Brilli et autres beautés). On y trouvait 4 tirages de la nouvelle série du photographe américain Larry Sultan. L'expo ouvre sur un panel plutôt large de la série intitulée Homeland, basée sur le quotidien, les paysages urbains... Dis comme ça, hormis pour le lieu, y de quoi hésiter. On se souvient de la série The Valley qui a revelé Sultan au grand public, ou il s'était glissé dans les coulisses du monde porno, un regard ironique sur ces ouvriers du sexe au repos,se placant entre attraction et répulsion... Mais plutôt une bonne surprise, les images de Sultan n’ont rien du documentaire sur le quotidien. Il s’intéresse à ce qui est hors du champ de la caméra.
Il a embauché des ouvriers mexicains en tant qu'acteur et sujet de ses photos, les a positionné dans les banlieues de Californie, a dirigé leurs gestes et actions se basant sur ses propres souvenirs du foyer et sur leur interprétation de leurs expériences individuelles en tant qu'exilés... Ce qui donne une vision plutôt romantique des terrains de banlieues, chargé de métaphores (ramer sur une rivière...)
Comme une vraie touriste, je suis allée à Versailles voir l'expo de Xavier Veilhan (du 13 sept. au 13 déc). Etablissant des liens entre passé et futur, il a créé ces œuvres pour la circonstance, les a mises dans le parc, les jardins, les escaliers... La commande lui a été passée en même temps que celle de Koons, lui laissant le temps de s’intégrer à Versailles.
Les oeuvres sont comme une trajectoire dans les espaces de circulation du château, la promenade hyper-scénographiée se nourrit du génie des lieux et de l'espace. La légèreté des matériaux, le choix du violet pour la plupart des sculptures correspond aussi à un propos esthétique: attentif aux notions de perspective, de lignes de force et d'horizon ... L'horizon, credo architectural et élément structurant du Versailles de Louis XIV.
Dans l’allée, Les Architectes est une suite de sculptures. Certaines inclinées, d’autres pas, un Jean Nouvel penchant, d’autres ont des découpes cubistes. Cette balade autour des grands hommes de l’architecture est surprenante, ils sont tous figés dans un espace vert, vivant... mais la vision reste ouverte sur l'horizon. Faut-il y voir un hommage aux grands bâtisseurs?
Veilhan respecte même la trajectoire Est / Ouest, identique à la course de l’astre solaire, chère à Louis. On peut voir sur la pelouse une anamorphose en croissant de lune. La lune, qui se levait à l’ouverture de l’Ercole amante (Opéra de Cavalli donné pour le mariage de Louis XIV).
Une expo qui se veut également dynamique, Le Carosse, attelage d'un autre temps, dessiné par ordinateur. Elle tient compte du sol (Le Jet d'eau) et de l'atmosphère (La Femme nue), elle nous projette dans le Cosmos (Le Mobile) et sa conquête (Le Gisant, Youri Gagarine)...
On se souvient alors de Furtivo, expo présentée en 2008, ou les pièces présentées (des plaques de résine gravées pour révéler des nuages et éclairées par des bougies, un immense requin en inox... ) cristallisent bien sa démarche sur la modélisation du réel avec le jeu, l'écart entre un objet et sa réplique détournée....
Après Veilhan, il est question de montrer Takashi Murakami, au printemps et à l’automne, Maurizio Cattelan. (Ne seraient-ils pas tous chez Perrotin?)
Parce qu'il y a des jours ou il faut savoir admettre son fanatisme (mais multi-fan alors), parce que c'est confort, parce que c'est jeudi matin, parce que c'est un road movie de 4 min, parce que le nouvel album est envoûtant...
Depuis quand on rigole dans le cinéma danois? Avec le coffret d'Anders Thomas Jensen bien sur! (Takk Mille!)
Scénariste, puis réalisateur, mais scénariste avant tout - depuis 2005, il n’a rien tourné. Après quelques courts métrages à la fin des 90's, dont Election Night (1998) qui obtient l’Oscar, il écrit pour quelques métrages dogme, puis il réalise trois films. Flickering Lights (2000), Les Bouchers Verts (2003) et Adam’s Apple (2005), tous avec Madds Mickelsen (sublime). La particularité de ces trois films, sorte de trilogie sans réelle thématique commune est de faire se côtoyer un humour très noir, toutefois dénué de cynisme, et des tranches de vie dominées par des personnages gratinés (il va très loin et récidive à chaque fois dans l'humour incorrect) mais tous à portée humaine.
Adam's Apple: Un pasteur en sandales, accueille d'anciens taulards, dont un facho, pour les remettre dans le droit chemin. L'immense pommier du jardin, que tout le monde doit bichonner, déchaîne les passions et entraîne le film vers l'absurde. Voir le crâne rasé se transformer en sauveteur, et le pasteur, en inquisiteur psychopathe... Une farce métaphorique sur l’impossibilité de la distinction et l'illusion entre Bien et Mal, sans réelle rédemption finale. (Un fan de Kant?)
Les Bouchers Verts: des serial loosers dans leur course à la gloire. Pour échapper à leur insupportable patron, Svend et Bjarne décident d'ouvrir leur propre boucherie. Alors que la boutique peine à démarrer, un concours de circonstance va les conduire à servir à leur clientèle une viande inhabituelle. Accidentellement congelé, un électricien devient chair à pâté. C'est un succès: Svend, complexé mais ambitieux, va tout faire pour continuer d'être approvisionné. Un régal pour les amateurs de mauvais goût. (Delicatessen en plus trash)
Flickering Lights: Torkild est le chef d'une bande qui rate souvent ses coups mal préparés. Une bande rivale menée par un Belge leur mène la vie dure. Après un casse, ils décident de fuir vers le soleil. Une panne de voiture va changer leurs plans (ouvrir un restaurant en pleine forêt danoise plutôt que Barcelone) et éveiller leur philosophie de vie et leurs rapports entre eux. La violence est choquante, mais ce qu’elle signifie, les interrogations qu’elle entraîne renverse toutes les tendances!
Enfin un homme qui revendique, fièrement, Jean-Michel Jarre comme principale influence! Basé à Melbourne, Tim Shiel, écrit des chansons utopiques, irréelles, depuis 2005. Il déniche de vieux synthétiseurs et cuisine un psychédélisme extravagant, fleuri, multicolore, aux mille saveurs. Il nous balade vers une euphorie exotique, faite de frasques, de montages bariolés, de superposition de sons, d'explorations électro-pop fulgurantes... de cœur léger!
Comme prévu, hier soir au concert de Dent May, on a dansé, on a souri, on a fredonné de vieilles mélodies façon BOF de Dirty Dancing... Déniché à Oxford (Mississipi) par Animal Collective pendant l’enregistrement de Merriweather Post Pavillion, ils le signeront sur leur label Paw Tracks. La passion de Dent May? L’ukulélé. A fond d'easy-listening, sans tomber dans le kitsch et le cheesy, il abuse de mélodies pop, d'envolées de violons, de refrains veloutés... Tout semble malicieux, euphorique, un peu mélancolique... comme échappé des 50's.
Euh, n'y aurait-il pas comme un petit air avec Mayer? ♥ ♥ ♥
Vous vous êtes trompés d'époque les gens, il fallait naître il y a 60 ans!
Le Martin Gropius Bau présente une exposition sur Le Corbusier (jusqu'au 5oct). Elle est la première d’importance sur Le Corbusier depuis plus de 20 ans en Allemagne. On y voit de nombreuses maquettes originales, des reconstructions d’intérieurs, des meubles, des photographies et films d’époque, tapisseries, peintures, sculptures et livres qui rendent compte d’une "synthèse des arts" chez Le Corbusier. Déclinée en trois chapitres: "Contexts", "Privacy and Publicity" et "Built Art", elle constitue une bonne introduction à son travail mais surtout la redécouverte que Berlin possède également sa cité radieuse! Personne ne sait vraiment que cette unité existe, et est à peine mentionnée dans les guides touristiques. Doux Jésus!
Plaçant l'hexagone comme unique lieu de création, naissance et épanouissement d'un concept et d'un moment clef du passage de l'architecture moderne à l'architecture post-moderne : l'unité d'habitation ("Wohneinheiten") de Berlin a souffert! L'immeuble berlinois est tombé dans l'oubli, par la volonté de son auteur, avec distanciation et dédain, avant même sa mise en service. Puis l'effacement est incontestable face au chef-d'œuvre fondateur de Marseille! (à partir duquel les autres unités seraient des reproductions mineures ou les suites amoindries d'un concept ?!?). Les causes de la dénaturation du projet de Le Corbusier tiennent dans son impossibilité d'agir sur le déroulement des travaux, techniquement d'une part car l'agence française n'est pas responsable du chantier d'exécution, politiquement d'autre part car l'architecte n'a pas de réel appui dans les instances dirigeantes de Berlin. L'immeuble ouvert à la location en 1958 est dépourvu d'installation sur le toit (soit: la loose), les quelques magasins sont installés au rez-de-chaussée et les logements ne respectent ni les dimensions, ni l'ouverture de l'espace initialement prévu et peu bénéficient de la double orientation. La vision esthétique est également détournée: la salle des machines, le local des magasins, les meubles ainsi que l'auberge de jeunesse n'ont jamais été dessinés par le Corbusier. Dernier outrage, bien que posthume: le béton originalement brut, expression de la vision primitiviste de l'auteur est recouvert d'une peinture protectrice.
Démonstration sociale? l'unité d'habitation de Berlin est néanmoins la seule des cinq, destinées, au départ, à un public réellement prolétaire.