30/06/2009

Emmeline

Encore un lecture rapide, très rapide... Plus jeune, j'étais fan de Musset... On a tous nos lectures d'adolescence, Arlène c'était Marguerite Yourcenar, alors que Hélène c'était Camus... On était très classique!
On connait Musset comme le poète amoureux de La Nuit de Mai, comme le créateur des Caprices de Marianne et de Lorenzaccio, comme le prosateur de La Confession d'un enfant du siècle. Il fut aussi un nouvelliste qui faisait les beaux jours - et les beaux numéros - de l'illustre Revue des Deux Mondes. Tous les récits sont parus dans ce périodique entre le 15 août 1837 et le 15 février 1839. On est encore dans la période faste et surtout feconde, de l'existence de Musset, dont l'ardeur créatrice faiblira après 1840.
C'est l'amour qui fournit à Musset la matière de ses récits, toutefois, le ton dominant des nouvelles est au désenchantement.

Dans Emmeline, qualifié de "chef d'oeuvre de la littérature moderne" d'après Balzac, lors de sa parution, on assiste à une représentation de Don Giovanni. L'opéra est intégré à un système intersémiotique triangulaire incluant littérature, théâtre et musique. Toutefois, la simple introduction du Don Giovanni mozartien dans la nouvelle n'est pas une condition suffisante pour en faire une nouvelle version du mythe du séducteur. Et pourtant... c'est bien de séduction qu'il s'agit : le récit n'est autre qu'une métaphore de la séduction des arts!

"Elle ne regardait ni la salle, ni le théâtre; elle éprouvait une impatience irrésistible; Rubini, madame Heinefetter et mademoiselle Sontag chanteaient le trio des Masques, que le public leur fit répéter. Perdue dans sa rêverie, Emmeline écoutait de toute son âme; elle s'aperçut, en revenant à elle, qu'elle avait étendu le bras sur une chaise vide à ses côtés, et qu'elle serrait fortement son mouchoir, à défaut d'une main amie. Elle ne se demanda pas pourquoi M.de Marsan n'était pas là, mais elle se demanda pourquoi elle y était seule, et cette réflexion la troubla."

Alfred de Musset, Oeuvres Complètes, Gallimard.

26/06/2009

Du hast mich

Suite à une partie de pétanque, laissant place à un sublime moment de détente, la dispute est arrivée aussi vite qu'un clignement de paupière. J'ai admis à mes amis que j'aimais Howard (Howie) Carpendale. Insurrection! "Tu ne peux pas, tu n'es pas physiquement constituée pour aimer Carpendale". Sûre de moi, j'écoute un de ces titres en boucle: incroyablement pop, psyché, dansant ... Merveille que mon ami Felps m'a faite découvrir sur ses compilations, adorées, vénérées mais surtout multi-écoutées.
Ayant l'impression de comprendre toutes les paroles, ils m'avoueront que Carpendale est sud-africain, installé depuis les années 60 en Allemagne, qu'il a construit et basé son succés sur son accent, toujours approximatif, qu'il a commencé par des cover des Beatles, puis la voie royale du Schlager semble l'avoir mené à la réussite. (Il avait fait ses adieux à la scène, mais son retour en 2008 fut massif). Déception sur mon niveau linguistique, néanmoins, je n'en demords pas. C'en est fait, mes amis me quittent ...

Quoi? Que ne vois-je? Une nouvelle compilation Sanctuary à sortir, Le Beat Bespoké, figurant Du Hast Mich!
C'est la face B, de Das schöne Mädchen von Seite 1 (1970).





C'est un peu comme l'oublié Reste de Claude François, face B d' Eloise, sorti en 1968, inombrablement samplé depuis.






24/06/2009

Green and Gold

Vendredi, je suis allée voir Christopher Willits. C'était dans une galerie, qui proposait workshop, performance audiovisuelle... pour un public très elitiste. La hype berlinoise se réduirait-elle à 35 personnes?

La difficulté posée par ce genre de concert, mini-symphonie pour ordinateur, c’est de partir à leur découverte l’oreille vierge ou du moins pris de curiosité et non la tête farcie de concepts abstraits scientifico-philoso-artistiques. Mais les dispositifs développés par le Californien, ne sont pas inintelligibles. Ceux-ci pourraient passer, presque, inaperçus lors d’une écoute distraite. Les formats épousent les standards radiophoniques traditionnels et poussent le minimalisme du côté de la pop électronique... Une pop en apnée, proche de l’ambient, bref de l'architecture sonore.

Déjà auteur de 4 albums, auxquels il faut ajouter une poignée de collaborations à visage plus ou moins découvert aux côtés de Kid 606, Matmos ou Brad Laner (ex Medicine) - cet ancien élève de Fred Frith et de Pauline Oliveros - serait à placer dans le prolongement des travaux d’électroniciens aussi insaisissables tels Fennesz, Sakamoto...

Sa matière première sonore est entièrement constituée de samples (voix, guitares, cordes...), de rythmiques synthétiques et des manipulations qui la réorganisent en profondeur. Il crée un matériau émotionnel, légèrement impur (craquements...) dominé d’une douce tristesse mais réel sentiment de spontanéité; plutôt inhabituel dans ces contrées ou la manipulation de la structuration du son est reine. Qu’elles soient chantées, murmurées ou simplement méditatives, les voix se partagent une structure floconneuse. Le duo de voix Homme/Femme crée la connection avec l'esthétique du shoegaze mais offre une ouverture plus ensoleillée. Avec pour conséquences, des effets plus ou moins contrastés. De loin, on croît déceler des blocs sonores entiers de trois minutes et de tout près il ne reste plus que des confettis de sons.... Un chef d’œuvre de l’impressionnisme?
Surnommé "Le Picasso du Son" (Tokafi Magazine), Willits défie les distinctions de genre. Surf Boundaries, son dernier album, est sorti en 2006 sur Ghostly International.Un nouvel album est prévu pour Octobre.



18/06/2009

Heaven Sent

Depuis ce matin, je réecoute Josef K, ce groupe écossais, néo-pop. Dès qu'on qualifie, il est bon d'abuser de préfixes temporels!
C'est pop, mélancolique, une peu psychédélique... enfin c'était. Un seul album, deux EP et des rééditions.

Paul Haig, le chanteur, est le personnage identifié au nom de Josef K, et le seul identifiable. Une présence forte, une fragilité... une intensité facilement comparable à Joy Division (trop facile peut-être?!). Leur premier album, sorti sous le titre de Sorry for Laughing, en 80 (puis re-nommé The Only Fun in Town, en 1981), offre un son un peu brouillon, discontinu... et ne fait que confirmer le potentiel des singles et l'inégalité des autres morceaux. Rien de surprenant ou d'inapproprié au fait que le groupe se sépare peu de temps après la sortie de l'album.

Heaven Sent et Young and Stupid / Endless Soul sont tous deux sortis après la dissolution du groupe, et consistent en une sélection de singles, demos... Assez étonnement, ce sont les deux disques qui contiennent le matériel le plus riche, le plus créatif du groupe. Heaven Sent, indéniablement leur meilleur single, n'est aucunement affecté par le passage du temps: pure brilliance pop.
Seul le guitariste, Malcolm Ross, continue au sein d'Orange Juice et Aztec Camera. La réédition, sortie chez Domino, fin 2006, est une retropsective de 22 morceaux, offrant un historique presque complet du groupe, incluant des B-sides, Peel sessions...

Ah, donc les Franz n'ont rien inventé alors!





16/06/2009

Pierre Paulin

Suite au décés de Pierre Paulin, designer français le plus reconnu du XXe siècle et le plus emblématique de la notion de modernité, et pour mon amie Catherine, LA spécialiste française de Pierre Paulin, celle grâce à qui j'ai découvert ses oeuvres, je me permets un petit bulletin. Pour la bio, il y a wikipédia.

Connu et reconnu comme celui qui avait meublé l'Elysée pour Georges Pompidou (et François Mitterand, mais Pompidou c'est mieux), pour ses sièges en forme de champignon, de sac, ou de langue, en jersey jaune, orange, rose.... Ses créations s'inscrivent dans une recherche industrielle prenant en compte les contingences économiques et sociologiques de l'époque, ses idées (maintes fois) reprises par les générations suivantes. Plus connu à l'étranger qu'en France, il a pourtant exposé, au salon des Arts Ménagers, dès 1953.
Il est la figure riche, complexe, voire inattendue d'un designer convaincu de ses racines et sa croyance dans le progrès dans une époque de bouleversements. Son parcours, tour à tour, auteur innovant, designer officiel et créateur anonyme (Calor - les rasoirs, les fers à repasser...)

Pierre Paulin se définit avant tout comme un héritier des modernes. Moderne, il l'est, assurément, dans la conception même de son métier et la rigueur des projets réalisés pendant une carrière longue de 50 années. Mais étrangement, et le designer en fut agacé, on a associé Pierre Paulin, à l'image d'un designer forcement liés au pop et aux années 60 et 70. Part de vérité?
Se trouvant à la charnière de l'époque moderne qu'il respecte, vénère et adopte, Paulin est à la croisée des mouvements, se réclamant d'un, mais anticipant l'autre et c'est ainsi que sa modernité dépasse « la modernité », que sa modernité traite de deux temps dans le même mouvement !

Pour son quatre-vingtième anniversaire, la Villa Noailles présenta une exposition de plus d'une centaine de pièces. Puis
l’exposition Pierre Paulin Supermoderne, aux Gobelins, au printemps 2008, met l'accent sur 40 ans de collaboration entre le créateur et le Mobilier National. A cette occasion, un ouvrage de référence sur Pierre Paulin et son œuvre sera publié (écrit par Catherine). "Ce catalogue, en deux parties, traitera toutes les facettes de son travail : architecte d’intérieur, créateur de meubles et de produits industriels, scénographe, directeur artistique et directeur d’agence."



11/06/2009

Dans les veines ce fleuve d'argent

J'aime bien quand les lectures vont vite, quand la notion de temps disparaît au profit d'une fiction, du divertissement... sans aucun problème de concentration.

Dans les veines ce fleuve d'argent, Franceschini y raconte l'histoire de Primo (si, si, c'est l'ainé...) qui se décide à repartir sur les traces de son enfance, à la recherche d'un camarade de classe Massimo, devenu pêcheur d'esturgeon. Bien évidemment, il nous emmène sur les pas de la nostalgie enfantine, de quitter pour un temps son quotidien et se concentrer sur une quête personnelle... Le fleuve qu'il longe, le Pô, est capricieux. Les rencontres que Primo fera sont toutes liées a ce fleuve qui les nourrit, les fait travailler, s'insinue dans leurs rêves... en devient mythique mais surtout devient le centre de gravité du roman.

La métaphore de la quête de Primo et du fleuve est des plus évidente, mais la ou Franceschini étonne c'est qu'il adapte son ecriture au rythme du fleuve. Doux, amer, puis soudainement en colère, impétueux. L'intrigue, plutôt naive, est ammenée au rythme du fleuve et le choix des mots suit le même procédé: champ lexical de la douceur, du pittoresque, du beau... jusqu'à la colère du fleuve ou les mots éclatent.
La narration est fluide, simple, le changement entre le passé et le present se fait en glissant. Agréable.

"Il avait toujours confondu le silence avec le froid. Pendant les nuits moites d'été, il regardait les lèvres de Marie qui bougeaient, sans un bruit, au rythme des mots de son livre et il commencer à trembler sous les draps rèches de coton blanc."Tu me fais mélanger les lignes" disait Marie, en feuilletant les pages qui la séparaient de la fin. Puis elle se remettait à lire à voix basse et Primo réchauffé par le bruit des paroles de sa femme, pouvait glisser dans ses rêves couleur rouille."

Dario Franceschini, Dans les veines ce fleuve d'argent, L'Arpenteur / Gallimard

09/06/2009

The Freewheeling

J'ai assisté au concert de Yo La Tengo hier soir, et c'etait bien. Le concept se voulait audacieux - ils devaient jouer trois morceaux, suite à quoi le public devait hurler le titre de leurs morceaux préféres afin que ces derniers les jouent. Finalement, apres leurs trois titres, dont le prochain et tres groovy single "Periodically Double or Triple", ils ont annoncé qu'ils n'étaient pas là pour répondre à nos requêtes et ont préféré entamer un brin de causette entre chaque morceau. La soirée s'annoncait longue vu la bêtise des questions et de surcroît, ils sont très loquaces. Mais la magie opère toujours lorsqu'ils jouent. Georgia est juste fabuleuse! Beaucoup de vieux morceaux (Shadows...). Si ça n'était pas Yo La Tengo, se risquerait-on à dire que certains morceaux sont extrêmement cheesy ? Mais pour un lundi, c'était "brilliant".

Mr Tough, single extrait de "I am not afraid of you and i will beat your ass" (2006)

07/06/2009

Quelques messages personnels

Des mois que ma copine Estelle me parle de ce livre... Finalement acheté, puis posé dans la pile "To Read". Il aura fallu que je visionne "Benjamin ou les mémoires d'un puceau" de Deville (1967), ou il y joue l'adolescent candide, afin de m'y pencher plus sérieusement.

Pierre Clémenti fut arrêté en juillet 71, soupçonné de détention et consommation de drogues. Il narre son séjour de 17 mois à la prison de Regina Coeli, revient sur son passé, la folie qui le frôle, le choix du métier d'acteur et du refus de la gloire facile, d'avoir osé refuser un role pour Fellini (qui vint tout de même témoigner à son procés)... Cette révolte contre la justice, les conditions d'emprisonnement des prisons italiennes et le système carcéral n'est pas tres réjouissante, mais c'est le témoignage de son passé artistique qui reste touchant: Anticonformiste, fulgurant, sans concession!

"Travailler avec Bunuel, c'est l'apprentissage de l'économie, de la simplicité. Apprendre à ne tenir compte que du nécessaire, du strictement utile, à se mettre tout entier au service de ce qui est principal: la logique souveraine du rêve. A se passer donc, sans même qu'il doive te le demander, des fioritures et des effets auxquels on est toujours tenté de se raccrocher et dans lesquels finalement on se perd."



Pierre Clémenti, Quelques messages personnels, Folio Gallimard.

06/06/2009

Come Wander With Me

Il y a peu, je lis, je cite: "British Sea Power a enregistré une nouvelle bande originale pour le film documentaire de 1934 L'Homme d'Aran (Man Of Aran). " Ha, une nouvelle jeunesse pour le documentaire de Flaherty! L'idée me parait géniale, vu la force contemplative du film.

Mais ca serait pas un morceau de Jeff Alexander çà ?!?

http://www.vimeo.com/4729074



05/06/2009

Save the name

Il me fallait un nom, c'est chose faite.
Un groupe complètement oublié, à tort. Je remercie, encore aujourd'hui, mon frère d'avoir etait fan de Grand Royal et d'avoir ramené ce cd à la maison, peut-être par pur argument d'autorité, surement savait-il qui se cachait derrière ce groupe. Néanmoins, ça a été un des groupes phares de mon adolescence, le morceau absolu, le refrain idéal, la douceur nécéssaire... d'une mélodie si estivale.